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L'histoire merveilleuse d'une amitié véritable

 

                         
                                                       

J

’ai 7 ans. Je vis avec ma grand-mère dans une vieille masure près de l’océan. Ma mère est morte en me mettant au monde et mon père périt dans un naufrage en haute mer. Ma grand-mère me recueillit afin de me protéger des garnements du village, car dame nature m’a dotée d’une jolie bosse et je suis la risée des enfants. Mon nom est Paul mais on me surnomme « Pilou ». La journée, je me promène sur la plage ou sur le port. Les pêcheurs me connaissent bien et ils m’apprennent à réparer leurs filets. J’aimerais bien aller avec eux, mais ils me disent que je suis trop petit. Alors, je reste avec le grand-père de l’équipe qu’on appelle le « boucanier », l’aventurier des mers. Il me raconte des histoires de marins, les voyages dans les pays lointains, les violents orages qu’il dût affronter au cours de ses traversées et le soleil cuisant dans certaines régions. Les beuveries avec les copains à chaque escale et les pêches miraculeuses. Il m’apprend aussi à lire, à écrire et à compter. Le soir, nous attendons le retour de nos amis. Lorsque les bateaux arrivent avec les cales remplies de poissons, de crustacés, c’est la fête. J’apprends le nom des différentes espèces, car lorsque je serai grand, je serai pêcheur. Ensuite, je rentre chez moi. J’aide ma grand-mère à préparer le repas tout en lui racontant ma journée. Puis, je vais me coucher en repensant aux histoires du « boucanier » et je m’endors bercé par les rouleaux de la mer.

Un matin, au cours d’une de mes promenades le long de la plage, je fis une rencontre surprenante. J’aperçus au loin, une forme étendue sur le rivage. Je m’approchais. C’était un énorme poisson dont je ne connaissais pas l’espèce. Il avait un petit trou sur la tête et à chaque expiration, il émettait un sifflement. Il me regardait et je pouvais voir dans ses yeux, la détresse qui l’envahissait. Je partis en courant jusqu’au port pour prévenir le boucanier. Je l’emmenais aussi vite qu’il pouvait marcher.

Le poisson était toujours là.

-         Qu’est-ce que c’est grand-père ?

-         Un jeune dauphin. Il a dû s’échouer avec la marée.

-         Il est beau !

-         Oui, mais il faut vite le remettre à l’eau, sinon sa peau va sécher et il mourra asphyxié.

 

Tant bien que mal, on le remit à l’eau. Il commença à remuer et à nager. Il soufflait et chassait l’eau qui sortait du trou de sa tête, car cela avait l’air de le gêner.

-         Qu’est-ce qu’il fait ?

-         Il respire. Les dauphins sont des mammifères. Ils n’ont pas d’ouies comme les poissons, mais des évents. Ils remontent à la surface pour chasser l’eau de leurs narines.

 Soudain, le dauphin se dressa sur sa queue et tout en reculant, il émit des petits cris. J’avais l’impression qu’il riait.

-         Pourquoi fait-il cela ?

-         Pour te remercier de lui avoir sauvé la vie.

-         On dirait qu’il me sourit !

-         Oui. Les dauphins sont très sociables. Ils vivent en communauté. Ils ne pondent pas d’œufs comme les poissons. La maman accouche d’un bébé comme le font les humains. Elle allaite et se fait aider par une autre dauphine, qu’on appelle une marraine, elles se chargent de son éducation sous l’œil bienveillant de son papa.

-         C’est extraordinaire !!!

-         Ils sont très reconnaissants. Tu pourrais lui donner un prénom, car je suis sûr qu’il reviendra.

-         Comment pourrais-je l’appeler ? Je n’ai pas d’idées.

-         Pourquoi pas « voyageur » ? Ils font beaucoup de kilomètres dans leur vie.

-         D’accord, tu t’appelleras voyageur, criais-je à l’intention de mon nouvel ami.

 Le dauphin fit encore quelques sauts, puis disparût.

-         Il est parti !

-         Il reviendra Pilou, fais-moi confiance.

 Je m’empressais de rentrer chez moi pour raconter à ma grand-mère ma nouvelle rencontre.

-         Tu as trouvé un véritable ami, mon Pilou.

-         Toi aussi, tu crois qu’il reviendra ?

-         Oh ! oui. J’en suis certaine.

   

Chaque jour, j’allais à la plage. Mais, je ne vis rien.

M’aurait-il oublié ? ou alors m’avait-on raconté des histoires ?

Je rentrais tristement à la maison. Huit jours s’écoulèrent avant que je le revis. Une joie immense m’envahit lorsque j’aperçu au loin son dos gris argenté. J’entrais dans l’eau pour aller à sa rencontre. Il s’approcha et entama son ballet aquatique. Il frôla mes jambes, se mit sur le dos. Ses yeux rieurs m’invitaient à le caresser. Hésitant, je tendis la main. Il ne bougeait pas. Sa peau était douce et lisse, quelle sensation agréable.

-         Je suis très content de te revoir. Tu m’as beaucoup manqué. Je t’ai trouvé un prénom : « Voyageur ». Mais, tu es parti si vite que je me demande si tu m’as entendu. Ca te plait ? Tu es mon seul ami. Les enfants se moquent de moi à cause de ma bosse.

 Dans son regard, je lisais de la tendresse et de la compréhension. Il se faufila entre mes jambes, reprit son ballet, s’éloigna et revînt vers moi. Cela dura un long moment. Dans son petit manège, je saisis le message qu’il voulait me transmettre. Il voulait que je nage avec lui. J’entrais plus profondément dans l’eau. Je fis quelques brasses, il était tout près de moi. J’étais heureux. Puis, je retournais vers le rivage. Je saluais mon ami de la main et me dirigeais vers le port. Le boucanier était là, fumant tranquillement sa pipe.

-         Alors Pilou, tu as fait une belle promenade ?

-         Oh ! oui. Voyageur est revenu.

 Je lui racontais notre matinée.

-         Tu vois que j’avais raison. Approche, je vais te raconter une histoire et elle est vraie. Il y a bien longtemps, lors d’un voyage en haute mer, mes compagnons et moi avions fait escale dans une île paradisiaque. Nous fûmes accueillis chaleureusement par la population du village. Il y avait beaucoup d’enfants. Ils plongeaient dans le lagon et remontaient des coquillages délicieux. Leur passe-temps favori était d’aller nager avec les dauphins. Il y en avait toute une bande. Leur plaisir était de s’accrocher à leur nageoire dorsale et de se laisser tirer. Pourquoi n’en ferais-tu pas autant avec voyageur ?

-         Tu crois qu’il se laissera faire ?

-         Tu peux toujours essayer. Mais je pense qu’il ne dira pas non.

 Je rentrais chez nous, le cœur gonflé d’émotions nouvelles. « Vivement demain », pensais-je.

Il était au rendez-vous. Je sautillais dans l’eau. 
Il recommença les mêmes mimiques que la veille et vint se frotter contre moi. Je m’hasardais à attraper sa nageoire. 
Il se laissa faire et dans ses yeux, je sus qu’il avait compris. 
Il me tira doucement et lorsqu’il sentit que je le tenais bien, il accentua sa vitesse. J’avais l’impression d’être un navire fendant les flots. Quelle ivresse ! C’était si merveilleux que j’en oubliais ma bosse.

   

Aujourd’hui, j’ai 15 ans et mon ami est toujours présent. Il a fondé une famille et je partage avec eux la joie de vivre, d’aimer, d’être aimer et ce joli mot si cher à mon cœur : AMITIÉ


                                                           Ghyslaine Correggia dit "GIGI"

                                         

                        

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