Il était une fois un pèlerin qui amorçait un nouveau virage dans son existence. Il croyait en lui et espérait que cette expérience
« le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle » puisse lui apporter bonheur et prospérité. Ce marin, amoureux de la nature et de la planète bleue, décidait de le terminer à Cap Finisterre, théâtre de la
catastrophe du pétrolier « Le Prestige » et d’y déposer symboliquement, à l’attention de l’apôtre Jacques, la
« La Prière du Dauphin ». Nous étions le
Dimanche 18 Mai de l’an
2003.
Et c’est ainsi que j’entamais à partir du village de
Saint-Jean Pied de Port
situé à la frontière Française ce pèlerinage avec beaucoup d’envie et d’espoir. Je ressentais un bonheur intense de marcher sur ce chemin de
Saint-Jacques de Compostelle
emprunté depuis des siècles par une multitude d’hommes et de femmes.
J’étais heureux d’être là, en compagnie d’autres pèlerins de toutes nationalités
(espagnols, brésiliens, canadiens, allemands, italiens, autrichiens et j’en passe
…). Ils m’ont permis de mieux me connaître car, à chaque rencontre, je découvrais une nouvelle partie de moi-même. Avec eux, je partageais des moments de grande joie, d’échanges profonds, de tendresse et de détresse à la fois car
ce chemin est implacable pour celui qui l’aborde sans respect et sans
humilité.
Une des plus belles communications que nous puissions trouver en ce monde existe sur le Camino de Santiago
car ici, nous avions tous un point commun :
une envie de s’ouvrir à l’autre sans barrière et sans
jugement, juste le désir d’aider son compagnon de route qui était aussi vulnérable que nous-même.
Je me comportais comme un enfant qui parcourait un spectacle permanent tellement que les paysages traversés étaient de grande beauté : les Pyrénées, la Navarre, la Rioja, la Castille et la Galice, toutes ces régions si différentes les unes des autres.
Que dire aussi de tous ces lieus magiques :
Roncevaux, la patrie de Rolland ;
Puenta la Reina et son vieux pont en dos d’âne ;
Burgos, une des plus célèbres cités d’Espagne et sa cathédrale ;
Léon, une des étapes les plus appréciées du Camino Francès ;
Hospital de Orbigo et son pont médiéval où chaque année, une reconstitution historique réunissant plus d’un millier de participants, tous déguisés en costume d’époque, s’y déroule.
Je me suis senti aussi bercé par les souvenirs de la messe de
Triacastela, tous les pèlerins se tenant la main et communiant ensemble en diverses langues ; cette petite chapelle de
Morgate dans laquelle j’ai fondu en larmes tellement que ce lieu était chargé d’amour. Et puis cette ascension du mythique
O’Cébreiro à 1500 mètres d’altitude, véritable théâtre de prise de conscience collective et aussi certainement le point fort de ce pèlerinage. Je me rappelle aussi de l’accueil des hospitaliers de
l’Hospital Saint-Nicolas. Jamais je n’ai ressenti autant d’amour et d’humilité dans quelque lieu que ce soit. Tous ces moments resterons à jamais gravés dans ma mémoire.
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La fontaine de Roland au col de Roncevaux
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L’amour absolu me tendait les bras, l’amour de moi-même m’entraînait sur la voie du désir simple. Chaque fois que je ressentais le besoin de parler à Dieu alors je me sentais écouté et aimé. Je comprenais que la vraie vie
"symbolique"
était sur ce chemin, celui qui permettait de s’ouvrir au temps qui passe et à l’unique en soi, celui qui découvrait toutes les faces cachées de son être divin et qui
apprenait la foi et la
persévérance.
Et si notre existence était vécue de la même façon alors nous aurions la véritable signification des mots
«
vivre le bonheur » car cette expérience nous prépare à améliorer considérablement notre quotidien.
En réalisant ce rêve de Compostelle, j’avais également permis à mon autre moi de s’exprimer totalement. C’est ainsi que ce chemin me dirigeait tout naturellement vers une autre conscience du fait que je me suis mis à agir tel un enfant, en prenant tout mon temps dans mes marches quotidiennes, sans me poser de question et sans m’occuper de mon passé ni même de mon avenir car j’explorais
le seul et l’unique présent qu’un homme puisse apporter dans la paix et la sérénité : le temps présent. Il était devenu mon quotidien, mon espace de vie privilégié. J’avais pris conscience que tout se créé dans le présent.
«
L’ici et maintenant est la conclusion de notre passé et l’inauguration de notre avenir. Mais c’est aussi le sens même de notre existence car il est ici et maintenant le secret de notre vie. »
En comprenant le sens de cette phrase, la vie était devenue alors d’une grande beauté. Je retrouvais ma joie de vivre, ma spontanéité, mon innocence et surtout le sens des relations humaines.
Tous les jours, je récitais plusieurs fois à voix haute la prière du dauphin en m’adressant à Saint-Jacques. J’avais l’impression que cette prière prenait de plus en plus de place en moi et ainsi, je percevais une force encore plus grande comme si tous ces gens, internautes ou amis, m’accompagnaient et faisaient bloc avec moi.
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Avec des amis allemands devant la
cathédrale de Santiago
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J’ai beaucoup écris à l’aide d’un dictaphone pendant toute cette expérience. Si de nombreuses cassettes ont été enregistrées, je n’éprouve pas encore le besoin de coucher ces lignes sur ordinateur. Le moment n’est pas
encore venu. Etre accessible à ses propos est essentiel pour tout écrivain.
Si le côté bénéfique de l’expérience me permettait de comprendre le véritable sens de la vie réussie, il demeure une face cachée aussi difficile appelée souffrance. Plusieurs jours pendant ce pèlerinage, j’ai vécu l’abandon, la souffrance physique et morale, où j’avais l’impression d’être en décalage avec le temps présent et mon environnement. Des moments qui m’ont permis de comprendre que la route de Saint-Jacques n’était pas le chemin exquis que j’avais tant rêvé.
Ma volonté a été mise à rude épreuve et certains jours, il m’a fallu puiser toute l’énergie au plus profond de moi pour continuer à avancer et accepter le miroir désagréable qui émergeait de moi. Il y a eu aussi des périodes sans passion où on explore tout simplement la vie fuyante. Sans ces moments « privilégiés », je n’aurais pas compris le sens du mot :
« être ».
Et c’est ainsi qu’après 33 jours de marche, j’atteignais le sommet de ce pèlerinage en ce
Vendredi 21 Juin de l’an
2003, la cité de
Saint-Jacques de
Compostelle, étape de mon voyage initiatique et terme de ma quête spirituelle. Jamais je n’avais connu une telle angoisse au moment de pénétrer dans cette ville historique. Quand je rentrais dans la cathédrale, je ressentais une émotion intense et une fierté d’avoir réussi à atteindre un des buts que je m’était fixé alors que je ne m’en croyais pas capable.
Je me dirigeais vers la statue de Saint-jacques située au dessus du maître-autel que j’embrassais en guise de remerciement. Je m’asseyais sur un banc de la cathédrale et priait longtemps pour mes enfants, ma famille, mes amis et pour toutes les personnes qui m’avaient soutenues jusqu’ici. Au fond de moi, je me posais certaines questions : comment allais-je aborder la suite de mon existence ? comment pourrais-je intégrer toutes les clefs apprises sur ce chemin ?
Je demandais à l’apôtre Jacques de me porter quelques jours encore jusqu’à l’océan, jusqu’au
Cap Finisterre, témoin du naufrage du pétrolier le Prestige, pour délivrer « la prière des dauphins », un message d’espoir de toute beauté transmis par une sirène, Julie Hébert présidente de l’association SOS dauphins,
l’hymne d’un peuple en souffrance
qui n’accepte plus que les hommes puissent détruire à petit feux leur environnement marin, simplement par soucis d’égoïsme, de profit et de pouvoir. J’étais devenu un porteur de message…
Jamais je n’avais ressenti une telle envie d’aider la planète bleue. Je savais que cette action serait entendue. En délivrant ce message, je terminais définitivement ce pèlerinage entamé il y a plus de 39 jours soit 37 jours de marche et 900 km parcourus. Selon la tradition, je brûlais mes vieilles chaussures au pied du phare. Il était 13h45 ce
Mercredi 25 Juin de l’an
2003.
Ma vie pouvait se poursuivre sur
une nouvelle base. Espérons que le temps m’accompagnera vers ce qu’on appelle
l’ascension de l’homme
libéré.
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