Une verrière de la cathédrale de Chartres montre
Charlemagne endormi sous un ciel semé d'étoiles. Un ange lui explique dans son sommeil
que cette gerbe d'étoiles disposée du Nord-Est au Sud-Ouest lui indique le chemin qu'il
doit suivre jusqu'au tombeau de l'apôtre Jacques, dans la province de Galice. L'appel de
saint Jacques ! Santiago ultreïa : plus outre, en avant, selon le cri antique du
pèlerin. Quelle est l'origine du pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle ?
Une barque vogue sur la Méditerranée. Dedans, la légende dorée, place
un cercueil de cèdre. Celui-ci contient le corps décapité de Jacques, fils de
Zébédée, premier martyr parmis les douze. Il fut exécuté en 44 à Jérusalem sur
l'ordre d'Hérode. Ses disciples enlevèrent son corps mais n'osant pas, de peur des
Juifs, lui donner une sépulture, le placèrent à bord de cette barque. Guidée par des
anges, elle franchit le détroit de Gilbraltar pour aller s'échouer sur la côte de
Galice, dans l'estuaire du fleuve Ulla. L'apôtre y est enseveli et sera proclamé patron
de l'Espagne en 676 par le consile d'Osma.
Au IXe
siècle, selon la tradition populaire, des bergers remarquent une étoile
particulièrement brillante au zénith d'un plateau où il ne pousse aucune culture. Au
milieu des broussailles, ils découvrent un petit édifice de marbre contenant un
sarcophage oublié depuis longtemps. Une série de miracles authentifie le corps du saint.
Les fidèles commencent à affluer vers le lieu qu'on a nommé Compostelle : le champ de l'étoile.
Une première
église sera construite à l'emplacement. Et ce sera le début du grand pèlerinage majeur
du monde occidental au Moyen-Age. Il durera sept siècles dans son éclat pendant lesquels
des millions de personnes prendront la route afin d'aller implorer le témoin du Thabor.
Ce que leur rappelait, à leur arrivée, le tympan occidental de la basilique romane.
Même au temps des croisades, et plus encore après, le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle fut extrèmement populaire en France. Les pèlerins
cheminaient, chez nous, sur quatre itinéraires principaux reliés entre eux par de
nombreuses bretelles permettant de passer de l'un à l'autre. Les routes de Paris,
Vézelay, Le Puy se rejoignaient à Ostabat afin de franchir les Pyrénées par le col de
Roncevaux. La route d'Arles gravissait la montagne et passait la frontière au Somport.
Tous ces parcours balisés de croix et sanctuaires convergeaient vers Puente La Rena pour
constituer alors le fameux "Camino
Frances" (chemin français)
menant directement jusqu'au lieu saint de cette métropole de la chrétienté auréolée
du prestige de Monseigneur saint Jacques.
Arborant la "concha" (la coquille saint-jacques), signe distinctif du
pèlerinage, au chapeau et à l'épaule, les jacobites, les jacquaires ou les jacquets,
comme on les appelait, abandonnaient familles et affaires et partaient, la plupart sans
argent, appliquant à la lettre l'ordre du Christ : "N'emporte rien sauf un baton..." (Mat. VII,8.) Pendant plusieurs semaines ils affrontaient
les aléas et les dangers de la route, prenant leurs repas dans les hostelleries tenues
par des religieux (clunisiens) qui leur offraient le gite et le couvert à l'ombre carrée
des clochers romans, ou dans les hospices tenus par des "donats" laïcs ayant
fait certains voeux et pris des engagements vis-à-vis des pèlerins. De nombreuses
maisons ouvraient aussi leurs portes pour accueillir ces marcheurs de la Foi. Ainsi toute
la population participait à ce grand pèlerinage de la chrétienté.
De nos jours encore, la tradition n'est pas totalement perdue. En Espagne,
mais aussi aussi en France, seuls ou en groupes, des pèlerins continuent d'aller sur le
tombeau de l'apôtre. Il y a dans ce pèlerinage une âme forgée par des millions de
Jacobites et, Dieu aidant, si l'on part parfois en touristes, on arrive souvent en
pèlerins.
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