"Quand nous aurons joué nos derniers personnages,
quand nous aurons posé la cape et la manteau, quand nous aurons jeté le masque et le
couteau, veuillez vous rappeler nos longs pèlerinages..." (Charles
Péguy)
Notre vie quotidienne s'encombre trop souvent de masques et de personnages
qu'il faudra bien laisser au dernier jour. Pourquoi toujours se dissimuler ?
Jeter le
masque, c'est la leçon du pèlerinage. Pour avoir accès à la Route, il faut commencer
par "sortir de sa maison et de soi
même", renoncer à son égoïsme,
à son confort, à sa sécurité... bref "
dépouiller le vieil homme pour revêtir l'homme nouveau " (saint Paul).
C'est, avec l'aide de la grâce et par l'effort de soi-même, la démarche du pèlerin.
Ceux qui ont
fait la route de Chartres ou de Saint-Jacques le savent bien. La route, elle, ne ment pas.
C'est une école de la vérité... de sanctification : "Elle a vue la marche des saints vers la lumière." Elle démasque et purifie.
Mais il y a
toujours un premier pas qui coûte. C'est comme un saut du plongeoir ou le "go"
des paras, le cri des volontaires, l'audace de ceux qui ont fait un jour le choix de
sortir de chez eux, de jeter le masque, passer d'un monde à l'autre, pour risquer
l'aventure; quelque chose de plus essentiel. Quand on est prêt, on part...
L'appel de la
route, c'est l'appel du seigneur : "Si
quelqu'un veut me suivre, qu'il se renonce et porte sa croix."
La vie
elle-même est une route et le bon pèlerinage terrestre passe par ce chemin de croix. Ni
raccourci, ni voie parallèle, ni moyen de survol : c'est la loi du salut.
Sans cesse il
nous faut repartir, se convertir, rejeter le vieil homme, être vrai, être prêt. Malgré
les chutes et les rechutes, une vertu peut nous aider cependant à garder une âme franche
et souvent transparente : c'est l'humilité. Elle réduit de beaucoup l'abîme immense qui
existe entre notre paraître et notre être. Gardienne de notre franchise et de notre
idéal, elle brise l'opacité de l'artifice et du mensonge tout le long du voyage. "L'humilité est le chemin de la vérité", disait saint Bernard.
Quand nous
aurons posé la cape et le manteau... |